Daniel avait 15 ans.

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Mansor Radja est volontaire permanent du Mouvement ATD Quart Monde dans un pays d’Amérique centrale. Il y côtoie des jeunes aux prises avec la violence des rues où la mort rode parfois, plongeant des familles dans une douleur encore plus écrasante qu’elles se doivent de la cacher pour tenter de sauvegarder le lien avec leurs proches au cœur du déchirement.

Il est mort Daniel. Quand je l’ai appris, ce samedi-là ce fut un choc. Même si je le pressentais je ne pouvais pas l’imaginer. Il avait quinze ans. Quand ils sont venus le chercher le mardi soir, tard, lui était malade, fiévreux. Il a quand même accepté de les suivre. Il n’est jamais rentré.
Il se laissait entrainer par de drôles de types, Daniel. Ceux-là même qui l’ont tué. Lui non plus n’était pas un ange. Nous les volontaires, amis de la famille, nous connaissions Daniel depuis qu’il était petit. Nous en avons traversé des épreuves avec sa mère ; son placement dans un centre pour enfants de la rue, la mort de son père renversé par un camion, les assassinats de deux de ses sœurs.

Elle chancelle en voyant les photos de son fils mort. Ils sont à la morgue où après plusieurs jours d’attente et d’angoisse la maman de Daniel, accompagnée de Paul, un ami, ont décidé de se rendre, pour savoir. A la morgue, où on leur apprend que le corps vient d’être emmené au cimetière il y a tout juste une heure pour y être inhumé. Ils s’y précipitent dans ce cimetière mais déjà il est trop tard. La tombe est là, pas de nom, seulement les lettres XX pour toute identification. Sur un morceau de marbre trouvé là, Paul inscrit le nom de Daniel et le pose sur la tombe.

Sa maman nous dit qu’elle veut que sont fils soit enterré dignement aux côtés de son père et d’une de ses soeurs. Le faire exhumer et l’enterrer ailleurs sont des démarches compliquées, pénibles. Il faut un avocat, donc de l’argent. Il faut aussi qu’elle dise qu’elle ne le reconnait pas sur les photos, qu’il faudrait ouvrir sa tombe pour qu’il soit possible d’identifier formellement le corps. Mentir donc. Elle est là, seule, face aux inspecteurs. Personne ne peut l’accompagner dans cette épreuve, la soutenir, le règlement l’interdit. Elle doit regarder encore une fois les photos de son fils mort, raviver sa douleur. Alors elle essaie de mentir. Mais voilà, les inspecteurs ne sont pas dupes, ils savent bien qu’elle l’a reconnu sans doute possible. Pour cette raison, ils ne peuvent pas permettre l’exhumation et Daniel ne pourra pas reposer avec les siens avant six ans. La loi de ce pays ne le permet pas. Six ans.

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Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés.
S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré.

Joseph Wresinski

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