Créer de la richesse économique, mais aussi entre nous

Article publié dans Feuille de route Quart Monde n°394 (avril 2010)
France
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TAE, c’est une entreprise spéciale ?
Dominique : TAE est une entreprise très spéciale, qui m’a remis le pied à l’étrier lorsque je ne travaillais plus. Cela nous a permis à ma femme et moi de retrouver un logement et à notre fille de revenir habiter avec nous.
David : TAE est aussi, plus largement, une chance pour toutes les personnes qui refusent le modèle dominant de l’entreprise classique qui vise la rentabilité et l’efficacité et oublie de créer de la richesse pas seulement économique, mais aussi entre les personnes.
Vous bénéficiez d’aides publiques importantes ?
David : Non. Notre travail finance 80% de nos salaires. Les 20% de subventions ne servent pas à pallier un manque de productivité, mais plutôt à financer nos efforts de formation et de « recherche ». Nous recherchons comment l’entreprise peut fonctionner au quotidien de manière moins excluante.

L’implication des salariés permet d’être plus forts économiquement ?…
David : On ne se met pas en situation de compétition, mais en situation de travailler ensemble, avec nos rythmes différents. On se fixe des objectifs de production d’équipe, jamais individuels. Cela facilite un esprit d’entraide. La façon dont les salariés se soutiennent les uns les autres m’impressionne beaucoup !
Dominique : Tout le monde peut trouver sa place à TAE. Ici, on m’a tout de suite encouragé. J’ai été formé à des tâches faciles puis plus difficiles par d’autres salariés. Chacun travaille à son rythme, fait du mieux qu’il peut. Nous trouvons un équilibre entre nous.
À TAE, on ne parle pas que du travail ?
Dominique : On parle aussi de sorties, de visites, de fêtes. C’est une bonne chose.
David : On fait une à deux sorties par semaine. C’est devenu un socle de ce qui se vit à TAE, un moyen de vivre des choses ensemble, avec nos familles, avec le quartier.
Votre espoir est-il que d’autres entreprises se créent sur le modèle de TAE ?
Dominique : Certaines entreprises se disent peut-être : « Les ouvriers de TAE ne se plaignent pas, ils ont l’air heureux, alors que chez nous c’est le bazar. » Pourquoi n’essaieraient-elles pas de travailler comme nous ? Nous nous formons entre nous, nous pourrions former d’autres entreprises.
David : Mon souhait n’est pas forcément que d’autres TAE se créent, mais que l’on permette des changements chez d’autres. On n’a pas de leçon à donner. Nous avons aussi des choses à apprendre d’autres entreprises. Notre espoir est que se développent de nouvelles manières de travailler et de consommer. C’est le choix que font nos clients : au lieu d’acheter des ordinateurs neufs, fabriqués sans respect de l’environnement ni des personnes, ils achètent des ordinateurs reconditionnés par une entreprise qui crée des emplois de qualité, solidaires et locaux.
Propos recueillis par Jean-Christophe Sarrot
[1] « Travailler et Apprendre Ensemble » compte une vingtaine de salariés en CDI (TAE ne se situe pas comme une étape dans un parcours d’insertion) répartis sur trois ateliers : reconditionnement de matériel informatique, rénovation de bâtiments et nettoyage (voir www.ecosolidaire.org). La plupart des salariés perçoivent le SMIC.





